L’essor littéraire : 1951-1956

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Le Terrain vague (nouvelle),

Pierre Seghers, collection "Poésie 51", Paris, 1951,

réédit. dans Jean Forton, un écrivain dans la ville, ouvrage collectif, Le Festin,

Bordeaux, 2000, 36 p.

 

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  Une longue nouvelle qui contient déjà les grands thèmes fortoniens : le rêve, la poésie et le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Elle constitue la suite d'une autre longue nouvelle, Les vacances sont finies, dont Jean Forton avait fait paraître de larges extraits dans le dernier numéro de La Boite à clous (numéro 12-13, été 1951).

 

Extrait :

  « Nicole était le grand amour de Marc Frouville. S’il avait voulu, peut-être eût-il obtenu quelque faveur d’elle, car Nicole n’était ni sage ni difficile, mais Marc préférait la suivre, la nuit venue, jusqu’au cinéma où elle allait, au bal ou devant la porte d’un ami. Et lorsqu’il l’avait perdue de vue, il rentrait chez lui en songeant à ce qu’il aurait fait de Nicole, autrefois, du temps qu’il agissait.

  Mais il se trouvait bien dans son rêve. [...]

 Marc Frouville tournait dans un cercle de plus en plus étroit dont il ne voulait pas sortir. Et ce lent étouffement, qui peut-être aurait pu surprendre ceux qui avaient connu Marc autrefois s’ils s’étaient doutés de cette disparition partielle, n’était que la conclusion logique d’une vie émotive trop intense. »

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La Fuite (roman), Gallimard, Paris, 1954

(réédit. 1983), 217 p.

 

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  Le manuscrit s’appela d’abord La Forteresse.

 

  Un jeune marié décide de quitter sa femme parce qu’il souffre de leur absence de communication. C’est l’été, la ville – on reconnaît Bayonne – est en fête, et toute la nuit, il va faire des rencontres, dont celle de Maïté, très jeune fille. Mais au matin, incapable de fuir, il rentre chez lui.

Édition originale (couverture mate) :

Réédition Gallimard 1983 (couverture pelliculée) :

Texte des deux 4e de couverture :

 

 Un soir d’été, Jean-François s’éveille. Sa femme, Laure, dort près de lui d’un profond sommeil. Jean-François aime Laure, mais elle le rend malheureux.
 Il a beau la connaître depuis toujours, elle demeure pour lui mystérieuse et intangible. Jean-François décide de s’enfuir. Mais à peine a-t-il franchi la porte qu’iI se trouve en proie au regret de tout ce qu’il abandonne : sa ville, ses amis, les souvenirs de son enfance, et surtout Laure qu’il ne cesse d’aimer.

  C’est une nuit de fête et tout se ligue contre Jean-François pour l’empêcher de fuir. Le jeune homme rencontre Maïté, jeune fille à peine sortie de l’enfance, pour qui il se prend d’un amour soudain. Elle lui apporte tout ce que Laure lui a refusé : la confiance, la gentillesse, la compréhension. D’autres personnages essayent de retenir Jean-François : Hugo le clochard, le vieux copain Robert, et Françoise la maîtresse de celui·ci.

  Jean-François ira-t-il jusqu’au bout de sa lâcheté ?

 Aura-t-il le courage de fuir pour de bon ? C’est 
l’intrigue même de La Fuite.

  Écrit dans une langue froide, qui accentue le côté irréel de l’aventure, ce livre n’a d’autres problèmes que ceux de l’adolescence. Jean François se détache mal de son enfance où tout était facile. Il a tout à coup trop de désirs, trop de joies, il ne sait comment les satisfaire. Cet excès de bonheur l’effraye au point qu’il s’en va, quêtant ailleurs un calme et une paix qu’il possédait déjà.

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L’Herbe haute (roman), Gallimard,

Paris, 1955, 292 p.

 

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  Dans un petit village basque, les drames se nouent, entre rêve et réalité, autour d’un jeune homme en qui s’éveillent l’amour et la sensualité.

 

Le roman obtint le Prix de la littérature pyrénéenne.

Texte de la 4e de couverture :

 

  « Tout avoir, tout connaître », pense Etienne Arambour. C’est un jeune garçon de seize ans qui prend conscience de ses désirs. La vie est là, à sa portée : les femmes, les villes inconnues. Tout le tente, mais il ne sait comment saisir ce qui s’offre à lui. Maladroit et timide, il convoite tour à tour la Marie de Sataïz, la petite Marie-Lou, la boiteuse : jeunes filles, jeunes femmes prudes ou faciles qu’il ne sait mériter. Elles fuient, se dérobent avec indifférence ou coquetterie, et l’impatience d’Etienne se transforme en désespoir. La vie est là, mais il ne sait pas la prendre. À son amour ne répond que la moquerie. Le jour où tout devient facile, il est trop tard. Etienne n’est plus un enfant, il prend sans passion ce qu’il a tant souhaité.

  Autour d’Etienne évoluent des personnages bizarres, le vieux Sataïz, le Manchota, Eulalie, personnages muets ou bavards, ivrognes, rêveurs, immoraux, qui finissent par créer un drame complexe, à force de considérer la vie comme un songe ou comme un jeu. Ce second roman de Jean Forton tient à la fois du drame et de la farce. Sa morale, s’il en est une, tend à prouver qu’il n’est d’échappatoire que dans le rêve, mais que le rêve s’il est vécu intensément, échappe lui-même au rêveur et se venge. On retrouve dans L’Herbe haute le style dur et dense que nous avions aimé dans La Fuite. Mais ici l’intrigue est plus complexe, les caractères plus profonds et plus particuliers. Livre tragi-comique, L’Herbe haute est plus qu’un divertissement : un livre qui restera dans notre souvenir.

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L’Oncle Léon (roman), Gallimard, Paris,

1956, 232 p.

 

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  Le seul talent de l’Oncle Léon, jeune homme malmené par la vie et par les autres, est de deviner le vainqueur de chaque match de boxe, un don qui causera sa mort.

Texte de la 4e de couverture :

 

  L’oncle Léon est un être encore jeune, faible, malade, et qui, même aux yeux des enfants, passe pour un simple d’esprit. Il habite chez une certaine Félicie dont il est la victime, faute d’en avoir su en être l’amant. Cette femme, très belle, mais un peu folle, et dont il est amoureux, accable l’oncle Léon de scènes violentes, de crises de colère soudaines et sans raisons.

  Mais peu à peu le jeune homme se détache de Félicie. Il a, pour l’aider dans sa tentative, l’amitié de Gutierez, un champion de boxe, et l’amour de Marie-Louise, chanteuse dans une boîte de nuit.

  L’oncle Léon pourrait espérer vivre enfin une vie calme et sans histoire, s’il n’était malheureusement doué d’un étrange talent. Il devine en effet, presque à coup sûr, le vainqueur d’un combat de boxe. Ce précieux talent devient notoire et parvient aux oreilles d’un certain Chabou, homme sans scrupules et avide d’argent, qui entraîne l’oncle Léon dans une aventure malhonnête. C’est de là que viendra le drame.

  Ce nouveau livre de Jean Forton marque une étape nouvelle dans la pensée de l’écrivain. Nous retrouvons ici un thème qui lui est cher : l’homme est perpétuellement en proie à la tentation du rêve, du sommeil ; chaque fois que la vie le blesse il recherche cette échappatoire merveilleuse que représente l’imaginaire.

  Mais ici le thème se fait plus précis, car l’oncle Léon, loin de fuir le réel, le poursuit au contraire avec constance, sans pouvoir l’atteindre. Jusqu’au moment de sa mort, il luttera contre cette espèce de brouillard qui l’empêche de regarder les choses en face, et qu’il ne réussira pas à déchirer.

  Tout au long du livre, le drame monte en un crescendo sans faiblesse, qui laisse au lecteur une impression de grandeur tragique. L’angoisse cardiaque de l’oncle Léon symbolise l’angoisse de la condition humaine tout entière.

 Une traduction du roman en anglais fut envisagée en 1957 mais le projet n’aboutit pas.